Te voir grandir

Par Josée Durocher

Si j’avais à recommencer ma vie, je la recommencerais au moment où tu venais au monde, mon enfant. Je donnerais n’importe quoi pour revivre ton premier souffle sur terre, ton premier cri, ton premier pleur. Je donnerais tout pour te voir grandir encore une fois.

Si j’avais à recommencer ma vie, j’aimerais te revoir dans ton petit moïse spécialement conçu pour toi par une vieille tante aux mains tremblantes. Je bercerais ce landau en te soufflant à l’oreille les plus beaux mots. Ma berceuse serait douce et jolie… tendre.

Je voudrais te revoir dans tes langes lavés au poix de senteur ou à l’eau de Paris. Tu serais enrobée des plus beaux parfums et le plus beau d’entre tous serait le tien. Ce que je donnerais là, tout de suite, pour sentir l’odeur de ton cou.

J’aimerais te revoir dans ton petit siège sur la table de la cuisine te mettre la bouche en O et siffler, et être surprise par ton chant d’oiseau.

Je voudrais te bercer dans tes pyjamas roses jusqu’à ce que tu tombes de sommeil dans mes bras. Je resterais là à te regarder dormir très longtemps avant de te déposer dans ton berceau.

Si on me donnait l’occasion de recommencer ma vie, je voudrais te revoir, hésitante, faire tes premiers pas et même si tu tombes, te relever chaque fois. Je voudrais t’entendre me dire maman une autre fois pour la première fois. Te voir te mettre du gâteau dans les cheveux à ton premier anniversaire de naissance et t’émerveiller devant l’arbre illuminé de Noël, ton premier Noël.

Depuis des années maintenant, tu as bien grandi et je n’ai plus de nouvelles de toi. Je ne sais où tu es, ce que tu fais ni avec qui tu fais toutes ces choses qui complètent ta vie.

Je voudrais t’entendre me raconter ta vie, ses hauts et ses bas aussi. Je voudrais être là pour toi…

Mais voilà que je suis seule à contempler les images du passé dans mon esprit un peu embrouillé par toutes les émotions qui l’accablent. Qu’aurais-je pu faire de si différent pour que nous n’en arrivions pas là?

Mais rien ne me sert de ressasser un passé douloureux où la guerre s’est immiscée entre nous. Je ne me souviens plus d’ailleurs comment elle a commencé ni de tous ces mots qui ont été prononcés.

Tout ce dont je me rappelle c’est ce que je ressens pour toi, ma douce enfant. Parce que tu vois, en prenant de l’âge, les guerres d’avant n’ont plus du tout leur importance. Tout ce qui est important aujourd’hui, ce sont les sentiments.

Si je pouvais recommencer ma vie, tout ce que je demanderais, tout compte fait, c’est de t’enlacer dans mes bras, te dire « je t’aime » tout doucement, comme lorsque tu étais gamine et que je te parlais délicatement pour ne pas briser ta quiétude.

Je t’aime, mon enfant. Je t’aime éperdument.

Tout ce que je souhaite maintenant c’est que ce soient mes mots qui puissent te bercer tendrement.

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