Maman « Stretch Marks »

Par Josée Durocher

Je vais peut-être vous surprendre, mais ce soir je feele un mauvais coton. Mes blues passent plus dans porte comme dans la chanson et mes « stretch marks » me font mal.  Je suis une maman…

Je pense à mes enfants, au temps où ils étaient petits et je m’ennuie. À leur naissance, ma grand-mère maternelle m’avait mise en garde : petits problèmes pour petits enfants et grands problèmes pour grands enfants !

Je me pensais bonne et forte, suffisamment maman pour esquiver le vent des malentendus et des amours déchirés à coup de divorce et d’incompréhension de part et d’autre. Mais je me suis bien rendu compte que c’est ma mémère qui avait raison… les enfants grandissent et les problèmes aussi… souvent sans apparentes raisons.

Je ne regrette rien du temps où, jadis, je mouchais des nez qui coulaient dans mes jupons pendant que de l’autre main, je brassais mes chaudrons. J’avais mis la barre haute : je voulais être en tous points parfaite, mais je me suis étalée par terre comme une galette !

Ces trois personnes que j’ai portées, je les ai portées avec tout mon amour et mes peurs de nouvelle maman. S’il est vrai que les arrivées du deuxième et du troisième enfant ont été moins stressantes que ma toute première fois de super maman, j’ai vécu, comme tous les parents, les hauts et les bas de l’allaitement maternel, du biberon, des sevrages et des sucettes qu’on jette parce que bébé est trop grand !

Malheureusement, j’étais maman beaucoup trop jeune et vraiment inexpérimentée. J’étais enceinte et je me sentais invincible. Mais mon invincibilité en a pris pour son rhume en vieillissant et en apprenant.

Les enfants ne viennent pas au monde avec un livret d’instructions et les mariages non plus. Tout a « clashé » un jour et même si je m’en suis voulu épouvantablement, j’ai mis fin à un mensonge qui durait depuis très longtemps.

La culpabilité de mettre un terme à mon mariage doublée à celle que je nourrissais à la Jeanne D’Arc envers mes enfants et la fin de la famille telle qu’ils l’avaient toujours connue, ont eu raison de moi.

C’était trop et j’ai fait comme bien des parents : je disciplinais dans la douceur extrême et je gâtais à outrance comme pour me racheter d’un très grave péché que j’aurais commis. J’ai ainsi expié une faute qui n’en est pas une pendant des années.

C’est avec beaucoup d’humilité que je vous raconte aujourd’hui que je ne jouis pas de la présence de mes enfants comme je le voudrais et comme je le rêvais dans ma vie. Mais je ne me casse plus de cailloux sur la tête comme avant, car je ne me sens plus coupable comme avant non plus.

Je suis maman. Cela ne changera pas et personne n’y peut quoi que ce soit. J’ai ce cœur de mère qui demeure indestructible en aimant mes enfants. Même eux ne peuvent rien y changer et ce n’est pas mentir que de dire qu’ils n’ont pas essayé.

En tant que mère, j’ai essuyé des revers et j’ai aussi fait ma part d’erreurs. De grosses erreurs crasses comme celle de mal les aimer. Ils sont arrivés dans ma vie alors que j’étais blessée et ces blessures n’ont guéri que très tard dans ma vie. Ils ne sont donc pas à blâmer pour toutes ces fois où j’étais inadéquate.

“Mais maintenant qu’ils sont grands, ils sont responsables, tout à fait responsables de leur vie et cela implique leurs comportements et leurs décisions. Moi aussi, je suis responsable de ma propre vie et j’ai fini de me blâmer pour tout ce qui a mal viré.”

Croyez-moi quand je vous le dis. Ces trois personnes sont les plus importantes de ma vie. Mais ce soir, ce n’est pas à eux que j’écris. Non. C’est à tous ces autres parents qui mendient l’amour de leurs enfants en ne recevant que des miettes de leurs cœurs ou rien du tout.

Je sais votre peine et votre souffrance et je suis de tout cœur avec vous. Moi, mes « stretch marks » existent depuis plus de 28 ans maintenant et elles pourraient en raconter beaucoup si elles pouvaient s’exprimer.

Mais nul besoin d’avoir des vergetures qui s’affichent comme des tatouages pour savoir qu’un cœur de mère — ou de père —ne peut tout simplement pas cesser d’aimer. On aime autrement, mais on aime quand même.

J’ai la très grande chance de vivre avec l’un de mes fils et croyez-moi quand je le dis, les erreurs du passé, je tente à tout prix de ne pas les répéter. Et c’est lui, dans son amour pour moi et pour la vie qui me raconte tout ce que je représente pour lui.

Si vous êtes un enfant et que vous avez du mal à avoir une belle relation avec vos parents, accepter qu’ils sont humains est un bon début. Les parents aussi doivent accepter que leurs enfants le soient.

Aimer c’est laisser libre et je l’ai appris à mes dépens. J’ai tellement aimé que sans m’en rendre compte, j’ai étouffé. Aujourd’hui, j’écris de temps en temps juste pour qu’ils sachent que je suis encore là, le cœur aimant et moins souffrant.

Mais, il y a des soirs comme ce soir où mes « stretch marks » me font souffrir et ce n’est pas peu dire. Dans ces moments où je me souviens si vivement de tout ce que j’ai vécu avec mes enfants, les larmes me coulent sur les joues comme des torrents. 

Mais à tout regarder, peser et soupeser, je les aurais encore une fois n’importe quand !

 

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