L’emprise

Par Josée Durocher

Elle est forte, tantôt séduisante, autrement discrète, mais toujours d’une poigne inébranlable. L’emprise que certaines personnes ont sur nous est majestueuse en termes d’énormité. Comment reprendre son pouvoir et se défaire de cette prise qui nous tient à la gorge en nous coupant le souffle vital dont on a besoin pour vivre ?

Car s’il est vrai qu’on semble vivre sous l’emprise, il est faux de croire qu’on le fait aussi librement qu’on le voudrait. Dès qu’un son sort de notre bouche du plus profond de notre gorge, ou encore plus viscéralement, de notre ventre, s’il n’a pas l’heur de plaire à celui qui nous empoigne de son pouvoir, nous avons la terrible idée que nous allons en mourir.

Oui, c’est ça aussi l’emprise : c’est la peur de déplaire, poussée à son maximum. C’est la peur de décevoir et que ce soit sans retour. C’est aussi et très souvent la peur d’un non-amour et ce, pour toujours.

On prétend être bien et à ceux qui nous ont connus sous cette emprise, on se dit être sorti d’affaire. On se dit grand, on se dit bien quand toute notre estime de soi a « crissé » le camp et qu’on est souvent convaincu qu’on ne sert à rien.

Ou alors, elle est encore plus mesquine, plus vicieuse et elle nous fait croire très fort que celui ou celle qui trône sur notre vie dépend de notre soumission pour vivre. Et comme elle existe seulement quand on aime notre bourreau, bah, l’emprise nous démolit.

Petit à petit, elle a eu tôt fait de tout avoir détruit. L’amour-propre n’a pas sa place là où elle est et le courage nous fait défaut. En fait, on ne sait même plus ce qu’est le courage tellement elle occupe toute la place.

Et les rares qui s’en sortent touchent, avant de trouver une issue de liberté sans équivoque, une folie désarmant tout ce qui reste de vie chez eux. Ils touchent au découragement, à la force sombre de l’absence d’espoir.

Les chanceux entendront parler de pouvoir, de leur pouvoir et sauront que si l’emprise n’y était pas, ils l’auraient à eux seuls. Ils s’inventeront des mondes imaginaires remplis de moments de gloire. Leurs fantasmes se voudront gris pâle, noirs, très noirs ou rose bonbon, mais seront toujours libérateurs.

Mais, un jour, fatigués d’errer de rêve en rêve, ils commettront, dans une force insoupçonnée, l’impensable : ils se libéreront. Peut-être maladroitement, mais ils y parviendront et de toute évidence, l’histoire le dit, ce sera avec éclat.

Dans un mouvement d’ultime rébellion, ils se déferont de l’emprise et de leur « emprisonneur » souvent par le cri, en boudant ou encore par la grande violence. Peu d’entre eux sauront s’y prendre avec amour en transformant l’emprise en lumière et en se transformant aussi en même temps.

Je vous parle de pouvoir, parce que nous avons tous ce pouvoir de nous défaire de nos chaînes et de nos tortionnaires, les emprisonneurs, dans toutes les sphères de nos vies. Je vous parle de liberté, car c’est notre droit à tous.

Et les emprisonneurs, ces empêcheurs de tourner en rond prennent cette délivrance, ce « non » catégorique à leur emprise comme un rejet, un abandon, et, plus obscur encore, comme une haine. Et quelques fois, il y a haine effectivement, car nous n’avons pas tous le syndrome de Stockholm.

Si vous êtes en relation avec quelqu’un et même si vous l’aimez par-dessous tout, cette personne n’a aucun droit de vous manipuler pour que vous agissiez de telle ou telle manière. Si elle s’impose, si elle fait des crises, si elle prend tellement d’air qu’elle vous étouffe par sa façon de vous faire sentir mal, gêné ou honteux, dites-vous bien que cette personne ne vous donne pas d’amour dans ces occasions. Elle vous prend votre pouvoir et vous le lui donnez bien librement sous prétexte que vous l’aimez.

Mais l’amour, madame, monsieur, ce n’est pas une question de pouvoir, c’est une question de liberté qui ne circule pas à sens unique. C’est une belle chose, l’amour, lorsqu’il se vit et se donne, se chérit et se partage dans la lumière.

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