La femme égratignée

Par Josée Durocher

La femme égratignée, grafignée, abîmée n’est pas un mythe. Elle est bien réelle et est partout. Surtout là où on ne pense pas la trouver. Vivant en banlieue ou à la ville, elle passe souvent inaperçue parce qu’elle est habituée de pleurer en silence et de camoufler ses cicatrices avec d’épaisses couches de make-up…

On en connaît tous une… si ce n’est pas nous-même. Elle fait sa vie du mieux qu’elle le peut, souvent entourée d’enfants qui ne connaissent pas tout de leur maman. S’ils savaient! Seraient-ils plus avenants, moins ingrats, moins exigeants?

Souvent, les hommes de sa vie lui en ont fait baver. Ce n’est pas sorcier! La femme égratignée a plusieurs marques sur le cœur faites à même l’amour qu’elle éprouvait pour des princes qui, eux, n’ont jamais connu sa juste valeur.

Et son cœur! Ce qu’il lui reste de cœur… Cette femme, cette guerrière, a failli le perdre plus d’une fois du syndrome du cœur brisé. Le perdre, lui, perdre sa vie, perdre ce souffle qui l’anime, souvent à peine, juste assez pour se cacher.

On lui demande, comme à tout le monde, d’être vraie, authentique quand elle passe sa vie à faire semblant. Comment pourrait-elle vraiment faire autrement? Les gens ne veulent pas voir la souffrance, sa souffrance et sa désespérance.

Alors elle vit ou survit, c’est selon, sa vie, celle-là même que tous s’attendent à ce qu’elle vive. Sourire en coin, chantant, faisant fi du passé, ne regardant pas trop l’avenir en ne s’attardant que sur le présent moment.

Parce que le passé, son passé, personne ne veut vraiment l’entendre. Ce que cela peut-être rasoir à la fin! Elle pourrait parler et se laisser véritablement aller, perdre le contrôle de toute sa vie, de « faire semblant »!
Ça, on ne le souhaite pas. Une larme dans un coin d’œil est bien suffisante pour démonter qu’on a souffert. De vrais pleurs ne viendraient que foutre un grand malaise! Et puis, tout le monde verrait ça comme de la plainte et se plaindre, c’est laid, ce n’est pas chic du tout… ce n’est pas la classe quoi!

Alors, la femme égratignée ravale tout de sa colère ou de sa tristesse et se ferme la gueule une fois de plus sans trouver preneur pour la consoler, elle qui en a bien besoin. Seul son oreiller, le soir venu, connaît réellement son cœur et toutes ses rancœurs car c’est sur lui que coule le flot de larmes retenues toute la journée durant!

Au petit matin, la femme abîmée se lève à l’aurore pour se maquiller, camoufler et se coiffer avant que le reste de la maisonnée ne se réveille aussi. Là, tout le monde s’attend à ce qu’elle soit souriante et elle le sera. Ne faudrait surtout pas décevoir personne!

Elle passera sa vie, comme sa journée, à faire semblant que tout va bien. Et quand tout le monde sera couché pour rêver enfin, elle, elle enlèvera son make-up et se beurrera la face de crème de toutes sortes pour, encore une fois, mieux tout cacher de sa personne.

À répondre ainsi à tous les critères d’une société malade, elle n’en sera que plus grafignée. La femme égratignée mourra un jour et ce n’est qu’à ce moment qu’on fera état de son courage, de sa bonté, de son grand cœur malgré les tourmentes. Mais personne n’entendra toute cette démence. Seul un tombeau restera de cette grande guerrière qui aura été.

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