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Sylvie Cousineau
Conférences

Mon autisme: comment augmenter son estime?

Par Josée Durocher

Aujourd’hui, je vous propose un jeu. Ensemble, nous allons jouer au jeu des étiquettes. Vous aurez besoin d’un grand bol vide, d’une poubelle et d’une boîte (une grande boîte) joliment décorée.

Dans un grand bol, placez de petits cartons où vous aurez inscrit tous les qualificatifs négatifs dont on vous a affublé et que vous avez adoptés comme étant les vôtres durant votre vie. 

À première vue, c’est un jeu monotone et démoralisant. Effectivement, il vous sera probablement plus facile de trouver de piètres choses à inscrire à votre sujet que de belles choses. L’humain est ainsi fait ! 

Se faire dire nos défauts — même s’ils sont faux — ou s’en donner à nous-mêmes est beaucoup plus facile que de s’octroyer des qualités. Mais l’idée du jeu demeure la même et il vous faut autant de défauts que de qualités…

Moi, avant

Avant, j’étais comme la majorité des gens. Je n’avais qu’à fermer les yeux pour penser à tout ce qu’on m’avait dit pour me remémorer illico tous les mots-poison que je portais comme des étiquettes très collantes.

Parce que je suis bonne joueuse, voici la liste (elle n’est pas exhaustive) de tout ce qu’on m’a dit un jour et que j’ai adopté pour vérité… ma vérité :

Bête, stupide, méchante, air bête, pas fine, pas vite, lente, niaiseuse, impolie, susceptible, braillarde, imbécile, snob, incapable, détestable, haïssable, médiocre, mauvaise, laide, pas fiable, etc.

Il va sans dire que je menais une vie située loin du bonheur puisque j’étais vraiment convaincue que j’étais tout cela. Peut-être avez-vous le même problème que j’avais ? C’est-à-dire se dépeindre comme un déchet, s’excuser de tout et pour tous et oublier de respirer tellement vous ne voulez plus ressentir votre vie, ce fardeau pour les autres et pour vous-même.

Vous avais-je dit que mon jeu n’était pas si intéressant que cela, à cette étape-ci ?

Le jeu

Là où tout change, c’est que je vais vous demander de piger les étiquettes du bocal rempli de désespoir, de les lire à haute voix, chacune, sans tricher et de les jeter une à une dans une poubelle spécialement choisie pour l’occasion.

Peut-être allez-vous brailler un bon coup à la lecture de certains mots. Peut-être allez-vous ressentir colère et injustice à la lecture d’autres mots. Et peut-être serez-vous tout à fait convaincu de la véracité de ces mots. L’important est de faire l’exercice jusqu’au bout, jusqu’à ce que ce bocal soit vide.

Combien avez-vous jeté d’étiquettes au final ? 10 ? 20 ? 30 ? Plus que cela encore ?

Combien de ces étiquettes provenaient de votre propre pensée comparativement à la pensée que les autres vous ont déjà exprimée ?

Combien de temps avez-vous cru à tous ces qualificatifs désastreux pour votre estime ?

Comment vous sentez-vous dans la minute, depuis que votre bol est vide ?

Moi, il y a quelque temps, j’ai jeté ainsi dans une poubelle imaginaire tous ces mots qui me causaient des maux. J’étais rendue si bas que j’en étais malade physiquement ! La dépression m’avait gagnée et je trouvais le moyen de la plaindre parce que je ne me considérais pas comme un prix très intéressant !

Au fur et à mesure que j’y songeais sérieusement, je trouvais des étiquettes négatives qui m’étaient restées collées au front. Du coup, je les arrachais et je les jetais dans cette fameuse poubelle imaginaire. Je voulais m’en défaire à tout prix et la poubelle était une image parfaite pour m’en débarrasser.

Même chose pour les étiquettes dont je m’affublais moi-même. Une étiquette équivalait à une ordure à jeter. À vrai dire, je n’avais que des étiquettes négatives d’apposées sur mon front ! 

Je comprenais que je devais absolument m’en débarrasser, mais sitôt que j’en jetais une, une autre apparaissait sans prévenir et mon moral s’assombrissait.

Je me suis alors dit que l’humain, comme toute autre chose, n’aimant pas le vide, mon cerveau se sentait obligé d’inventer de nouvelles étiquettes négatives.

Moi, maintenant

Aussitôt, j’ai eu une idée brillante ! Et si je remplaçais chaque étiquette ainsi jetée par une étiquette positive ? Je ne vous dis pas que c’est chose facile de se trouver des qualificatifs positifs lorsqu’on ne l’a jamais fait auparavant, non. Mais c’est très réalisable, croyez-moi.

C’est un peu ce qui m’est arrivé lorsque j’ai reçu mon diagnostic d’autisme de haut niveau. Bah oui, l’exercice de remplacer le moins beau par le plus beau a été très facile à faire tout à coup. J’avais enfin compris pourquoi les gens me voyaient comme ils le faisaient ! J’étais différente, tout simplement.

C’est le propre de plusieurs humains d’avoir peur des différences des autres. Cela leur est inconnu et l’inconnu semble périlleux, vous comprenez ?

Un bel écrin

Ainsi, je me suis procuré une boîte à bijoux. Je la trouvais très belle. Et je me suis mise à nu avec moi-même osant pousser l’extrême à me donner des qualificatifs — véritables — positifs au sujet de ma personne.

Surprise ! J’en ai trouvé beaucoup plus que je ne l’imaginais. N’ayant plus d’arguments pour me juger, ne me restait qu’à m’observer et là, ce que j’ai vu était extraordinaire… J’étais tellement de belles choses, tellement !

Un réflexe à développer

C’est là que le jeu commence réellement pour vous aussi. Chaque fois que vous aurez une pensée à votre sujet parce que vous savez intérieurement que vous n’êtes pas cette pensée, jetez-la à la poubelle. Faites-le physiquement en inscrivant cette pensée sur un bout de papier et jetez-le réellement dans la poubelle qui ne servira qu’à cela désormais dans votre vie.

Ensuite, inscrivez immédiatement une pensée positive à votre sujet et déposez-la dans la boîte à cet effet. Sur ma boîte, la mienne, j’ai inscrit la mention « pour les jours sombres ». Il s’agit des jours où je n’arrive pas à rien écrire de bon sur moi-même. Ces jours-là, je pige une pensée dans ma boîte et cela me met le cœur en joie.

Ce petit jeu, auquel je joue souvent, est un jeu qui vous aidera à bâtir votre estime personnelle et votre amour-propre.

Alors ? Qu’attendez-vous ? Prêt à vous retrousser les manches et à jouer avec moi ? 

P.S. : Ma boîte contient maintenant davantage d’étiquettes que ma poubelle !

 

 

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