Comme des billes l’énergie déficiente chez l’Asperger

Par Josée Durocher

J’ai longtemps pensé que j’étais si névrosée que cela expliquait l’insomnie qui s’abattait sur moi dès que je souhaitais dormir profondément. La vérité est que, récemment, j’ai appris, d’un spécialiste en la matière, que je suis Asperger.

Quel est le rapport entre l’insomnie et le fait d’être Asperger, me direz-vous? Eh bien, comprenez bien que je ne me spécialise pas sur la question, mais je sais de source sûre que bon nombre d’Asperger souffrent d’insomnie. Suffisamment en fait pour relier directement la condition d’Asperger et une énergie déficiente.

Cela fait des années que je compte les moutons et mes moutons sont fatigués de sauter les uns à la suite des autres sur mes pics aigus d’insomniaque. Leur laine est moins épaisse et leurs sauts beaucoup moins hauts!

En visitant à une page web sur les réseaux sociaux regroupant des femmes Asperger, je constate, avec effroi, que nous sommes souvent, bien malgré nous, des oiseaux de nuit. Le problème ne se situe pas là toutefois.

Le problème se situe dans le fait que nous tentons tout de même de vivre des journées dites normales avec un manque flagrant de sommeil. L’énergie n’étant pas renouvelée, il nous est donc difficile de vivre dans ce qui est considéré comme la normalité.

Des billes
Si je comparais cette énergie à un sac de billes, à mon grand malheur, le mien serait amputé de plusieurs unités et ce, dès mon réveil. Aussi bien dire que la journée me paraitra très longue puisque je suis en déficit de billes aussitôt qu’elle commence.

Et je perds, au courant de celle-ci, plusieurs billes, jusqu’à ne plus en avoir dans mon sac, comme tout le monde en général durant la journée. Ce qui me différencie des autres, des neurotypiques, c’est que j’en perds également, et beaucoup, dépendant de l’environnement dans lequel j’évolue.

Ce qui est énergivore
Chaque odeur, chaque changement d’éclairage et chaque bruit me coûtent des billes. Quand on pense que le seul son de ma cafetière m’épuise, on peut donc imaginer que tout m’épuise. Et c’est sans compter les multiples interactions avec les autres!

Normalement, j’arrive en après-midi avec un seul désir en tête : celui de me déposer, de relaxer et peut-être même de faire un léger « power nap » qui, je l’espère toujours, mais en vain, viendra me regénérer pour poursuivre ma journée.

La vérité est que je poursuis souvent cette journée en déficit de billes et j’ai beau retourner mon sac à l’envers, je n’en trouve pas de supplémentaires!

Il fut un temps (longtemps) où j’enviais de ma face verte de jalousie ceux et celles qui avaient un sac de billes plein à rebord. Ces gens-là ont toujours de l’énergie à revendre et souvent, ils ne comprennent pas que, moi, je n’en ai pas des masses. Je me sens décalée relativement à eux et, il n’y pas si longtemps, je me sentais coupable aussi de ne pas être comme eux.

Respecter son rythme
Cependant, depuis que je connais mieux l’Asperger et les troubles de sommeil qui y sont associés (la plupart du temps dans mon cas), j’ai décidé de ne plus tenter d’adopter un rythme de vie qui convienne aux autres plus qu’à moi-même.

Du coup, j’ai réalisé que cette guéguerre intestine que je me menais parce que je me sentais responsable de mon manque d’énergie me prenait, c’est le cas de le dire, beaucoup d’énergie. Il va sans dire que, désormais, en m’acceptant telle que je suis, en me respectant et en respectant ce rythme si particulier qui est le mien, je me sens beaucoup mieux.

L’insomnie crasse que je vis en étant Asperger et ce petit, tout petit, sac de billes qui est le mien, je sais mieux comment les gérer. J’arrive maintenant à faire beaucoup plus de choses en une journée car j’ai appris non seulement comment compter mes billes mais j’ai aussi appris à les diviser selon mon identité. Et ce sont mes moutons qui me remercient, moi, leur mettant beaucoup moins de pression!

2 Comments

  1. Sophie Plaisance sur 17 mars 2019 à 13 h 07 min

    Super texte qui illustre bien toute la gestion quotidienne des personnes autistes. Merci pour l’image.

    • Josée Durocher sur 19 mars 2019 à 8 h 17 min

      Merci beaucoup de ces bons mots! Jx

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