Par Josée Durocher

Il y a une semaine, j’ai dormi une nuit de onze heures consécutives. Si le bonheur avait un nom, il porterait le mien quand je dors autant! Mais voilà, des onze heures consécutives, ça n’arrive environ qu’une fois l’an. Le reste du temps, c’est à coup de deux à quatre heures que j’arrive à dormir sans m’éveiller.

Vivre ainsi, avec mon sommeil intermittent, c’est très difficile. Toute la journée, je cogne des clous et chaque fois que je passe devant mon lit, je ressens l’urgence indéniable d’aller m’y réfugier. La plupart du temps, je n’ai pas d’autre choix que de céder au sommeil qui me gagne vers la fin de la matinée ou en milieu d’après-midi.

L’entourage

Ce qui n’est pas évident aussi, ce sont les reproches que les gens me font. Il faut dire que j’ai souvent l’air très fatiguée, car dans les faits, je suis très fatiguée. Mes proches sont habitués à cette cadence… reste qu’ils aimeraient mieux me voir réveillée que le contraire, et je ressens fortement leur découragement en certaines occasions.

Les autres ne comprennent carrément pas pourquoi je n’arrive pas à avoir de bonnes nuits de sommeil. « C’est vrai! Cesse de dormir le jour et tu pourras dormir la nuit! », me disent-ils. Malheureusement, si je tente de modifier mon cycle de sommeil, j’en ai pour mon rhume, étant épuisée et souffrante. Ce n’est pas compliqué, j’attrape tous les méchants microbes et virus qui s’attaquent à moi sans merci.

Je me suis donc longtemps sentie coupable de vivre ainsi. Mais depuis que je sais que plusieurs autistes éprouvent les mêmes problèmes d’insomnie que moi, cela m’a grandement rassurée. Du coup, je ne suis pas d’une classe à part, car je suis comme d’autres. Et ça, bien que ce ne soit pas reposant en soi, c’est apaisant.

Des nuits bien occupées

On dit que le meilleur sommeil arrive avant minuit. Étrangement, moi c’est très tôt en soirée que je dors bien et au petit matin, après que j’aie vu le soleil se lever avec un bon café. J’en viens à me dire, quand je me regarde dans une glace sans être maquillée, que je suis un peu vampire. Vivant la nuit et dormant le jour, je suis le contraire de la plupart des gens.

Mes journées sont toujours faites d’efforts de ma part pour demeurer éveillée. C’est peut-être pour ça que j’ai toujours plusieurs projets : la routine m’endort tellement!

Et que dire de la nuit, où je suis à mon paroxysme pour créer! Je trouve même qu’il y a quelque chose d’un peu magique de vivre ainsi la nuit. Je me sens libre de tout… de la plupart de mes hypersensibilités et des interactions sociales.

Échanger

Oui, bon. On me dit sociable, mais c’est un mécanisme de sociabilité que j’ai instauré dans ma vie qui n’est pas naturel du tout… Comprenez-moi bien, j’aime bien les gens avec qui j’échange, mais il n’y a rien de meilleur que la nuit où je communique avec les autres par courriel afin qu’ils me lisent à leur réveil, où même les chats de la maison sont trop épuisés pour venir me faire des « colleux » de jambe et où j’adore écouter le silence qui m’entoure.

C’est tout ça moi! Même si je souhaiterais tant avoir un cycle de sommeil plus normal, j’arrive à trouver des avantages à mon cycle à moi. N’empêche… qu’une nuit complète dans les bras de Morphée… je ne dirais pas non, vous pouvez en être certains!

Si vous êtes dans ma situation ou si vous ne la comprenez pas du tout, je vous invite à lire un texte percutant écrit au sujet de l’énergie déficiente chez l’autiste en cliquant ici.

 

 

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