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Sylvie Cousineau

Autisme : ma vérité!

Par Josée Durocher

Ma vérité vaut celle de n’importe qui d’autre. Elle est à respecter au même titre que toutes les perceptions que l’on puisse avoir, avec ou sans raison. La différence est que ma vérité, comme la vôtre, est sûrement plus palpable qu’une perception subtile. Elle est là, prête à ce que nous l’exprimions et même si cela ne plaît pas à tout le monde.  Autisme!

Souvent, dans ma vie, je vivais une réalité qui se voulait à droite ou à gauche de la réalité de la plupart des gens. Mes comportements, mes réactions… même la formulation de mes besoins, tout était différent chez-moi! Mais, convaincue que je n’étais pas comme je devais être, je cachais, je dissimulais cette réalité avec beaucoup d’efforts, souvent contre-nature, pour ne pas me faire voir telle que j’étais véritablement.

Ça m’a rendu la vie difficilement gérable… vivable. La dépression semblait être accrochée à mon cœur et mon esprit comme seul un parasite pourrait le faire et j’étais certaine de ne jamais m’en défaire.

Pourtant, le diagnostic d’autisme est tombé dans ma vie, il y a six mois, et cette vie, telle que je la connaissais, s’est vue transformée du tout au tout. C’est un peu, comme je l’ai déjà dit, comme si on m’avait soudainement dit la couleur de mes yeux… et moi j’ai vu ça comme si la vie elle-même m’accordait la permission d’être enfin moi-même.

C’est vrai que je trouvais dur de me cacher ou de mentir sur qui je comprenais être avant. Maintenant que cette compréhension s’est éclaircie, je n’ai plus de mal à me dire, me raconter, à vivre, à respirer… à être. Ne vous méprenez pas. J’ai des moments moins forts où l’intensité de ce que je vis, comment je le vis et l’anxiété me rendent la vie presqu’invivable. Mais, au moins, je ne mens plus. Et plus important encore : je ne me mens plus à moi-même.

Je me suis tellement et si souvent sentie anormale dans ma vie que savoir que je ne suis pas un monstre aujourd’hui me rend follement heureuse. Parce que le bonheur, c’est d’aller au-delà de tous les malheurs qui nous arrivent. Je fais ce choix bien réfléchi d’enfin m’accepter.

Malheureusement, tous ceux qui reçoivent un diagnostic d’autiste Asperger ne voient pas la vie de cette façon. Leur vérité et la mienne diffèrent. Loin de moi l’idée de leur lancer la pierre parce qu’on voit la vie différemment, non. Mais j’aimerais leur faire voir cette partie de ma réflexion qui m’a énormément aidée à enfin m’aimer…

Recevoir ce fameux diagnostic n’a changé qu’une chose dans les faits. Il a mis des mots supplémentaires sur ce que je vivais déjà. L’autisme n’est pas apparu dans ma vie avec le diagnostic puisqu’il a toujours été là, depuis ma naissance.

Ce n’est qu’un vocabulaire différent qui est entré dans ma vie, il y a six mois, et aussi la reconnaissance de la réalité de tout un tas de gens qui sont autistes au même titre que moi. Moi qui ai passé ma vie à faire ou dire, penser ou réagir de manières nettement différentes de mes semblables humains, je sais aujourd’hui que je ne suis pas différente de tous les humains. Certaines personnes, même si nous sommes tous uniques, me rejoignent dans toutes ces différences et cette idée m’apaise énormément.

Jamais avant je n’avais ressenti aussi fort la force d’un groupe. Ce sentiment d’appartenance est une chose quasi-indescriptible pour moi tellement elle me fait du bien. Savoir, que ce soit dans les groupes d’amis autistes ou dans les groupes de discussion sur le Net auxquels j’ai adhéré, que je ne serai jamais plus seule et qu’il y aura toujours quelqu’un pour me comprendre, comprendre ce que je vis et m’accepter, me met véritablement le cœur en joie.

Alors, oui, ma réalité actuelle est telle que mon autisme ne me dérange pas vraiment puisqu’il me fait voir et m’apprend à moi-même une partie de moi que je n’ai jamais voulu rencontrer avant aujourd’hui. Ma vérité est intense, oui… différente, bien sûr mais si généreusement originale que je ne peux plus la nier.

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