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Sylvie Cousineau
Rabais À coup de plume

Autisme : les non-dits

Par Josée Durocher

J’ai la chance de tout dire. Pas nécessairement sur le moment ni même tout de suite après, non. Souvent des semaines, voire des mois plus tard. Mais j’ai tout de même cette fabuleuse chance de m’exprimer au sujet de mon monde intérieur et de son reflet sur mon monde extérieur, par mes écrits qui ont pour thème chacune des expériences que je puisse vivre.

J’imagine donc que je suis ce qu’on pourrait qualifier de grande gueule ou de livre ouvert, toujours ouvert!

Mais au-delà des mots, se trouvent souvent des maux qui sont difficilement explicables aux neurotypiques de ce monde. J’ai souvent l’impression que seuls les neuroatypiques comme moi sont en mesure de comprendre tout ce que je vis. Mais je lève mon chapeau bien haut à ceux qui, sans comprendre, me lisent en tentant de le faire. Je vois là une ouverture certaine et cela me fait chaud au cœur.

Malgré tout, les non-dits chez la personne autiste sont souvent de mise. Je compatis énormément avec ceux et celles qui n’ont pas d’yeux pour les lire ou d’oreilles pour les entendre et les écouter. Ces derniers doivent composer avec un mutisme qui, ma foi, est loin de ce que je pratique!

Mais bien que je sois bavarde au sujet de tout ce qui me passe par l’esprit, je fais très souvent face à l’incompréhension la plus totale et à d’absurdes critiques qui, ma foi, me donnent, de temps en temps, l’envie de me fermer la gueule pour de bon.

Les non-dits chez la personne autiste sont de petites ou de grandes choses qui, refoulées tout au fond d’elle, se transforment en monstres d’incompréhension pour elle-même. Alors, imaginez pour les autres! Plus les monstres grossissent, plus il est difficile pour la personne qui en est habitée de les expliquer. Après toute une vie de ce régime, il n’est pas surprenant que la personne en question vive souvent en retrait avec ses monstres sans jamais oser en parler!

Et pour ceux qui, comme moi, osent en parler justement, c’est souvent face au monde d’incompréhension des autres qu’ils se butent. Allez expliquer la peur, la joie, la tristesse, la colère d’une personne autiste à un non-autiste et vous verrez immédiatement et très souvent les points d’interrogations qui fusent de toutes parts en lui parlant! Le neurotypique peut tenter d’imaginer pour comprendre mais ne peut comprendre tout et, dans tous les cas, il restera avec de nombreuses questions sans réponses qui lui permettent de mieux s’expliquer ce qu’est l’autisme.

Moi, par exemple! Je suis extrêmement volubile lorsqu’il s’agit d’écrire mais quand vient le temps de parler, c’est une toute autre histoire! Tellement de conditions doivent être remplies pour que je me sente suffisamment bien pour parler… des conditions autant intérieures qu’extérieures, il va sans dire. Que je n’ai jamais, au grand jamais, réussis à expliquer par la simple parole aux neurotypiques de ma connaissance. J’ai bien essayé mais en vain.

J’ai donc cette chance, et c’est une véritable chance j’en conviens, de pouvoir le faire par l’écrit. Ce que je ressens, je le transmets par la rédaction et je tente, du mieux que je peux, de m’exprimer ainsi.

Souvent, d’autres autistes me disent que ce que j’ai dit leur allait comme un gant, tandis que d’autres, autistes aussi, ne se reconnaissent pas dans mes propos. C’est qu’on est tous différents dans le grand monde de l’autisme bien que nos différences se regroupent souvent.

Je comprends que tout cela suffit pour mêler n’importe quel neurotypique digne de ce nom. Il y a tellement d’informations à saisir, tellement de choses à comprendre et tellement d’empathie à avoir!

Je comprends aussi les autistes de ce monde de se décourager quand vient le temps de parler d’eux-mêmes et de leurs besoins. Les non-dits sont légion car les gens, souvent, pensent ne pas avoir le choix d’opter pour eux.

2 commentaires

  1. Avatar Sylvie M sur 10 juin 2019 à 23 h 42 min

    Tellement ce que je vis. Merci, je n’aurais pas su dire.

    • Avatar Josée Durocher sur 11 juin 2019 à 0 h 47 min

      Pour l’avoir vécu aussi, parler un peu… un tout petit peu à la fois et aux bonnes personnes (gens de confiance) et cela fera une énorme différence dans votre vie. Jx

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