Autisme : acceptation, compréhension et élévation

Par Josée Durocher

Pour faire suite à une capsule vidéo qui traîne sur mon journal Facebook, sur YouTube et sur la page d’accueil de mon site web, j’ai pensé vous résumer ce que j’y raconte au cas où vous seriez davantage lecteur que spectateur. Je suis autiste!

J’ai reçu mon diagnostic d’autiste Asperger le 3 janvier dernier. Cela a complètement transformé ma vie et ce, pour le mieux. Déjà, à mon premier rendez-vous évaluatif, le spécialiste a reconnu que je souffrais de dépression.  

Mais avant de me sentir mieux et loin de cette dépression, j’ai dû revisiter ma vie et tout ce que j’y ai vécu, du plus beau au beaucoup moins joli, et cela a, indéniablement, empiré mon cas! Qu’il soit question d’abus, de fraude ou d’agression, j’ai été victime souvent et j’ai dû souvent me relever aussi.

On a toujours dit de moi que je suis résiliente mais je dois bien avouer que ma résilience s’effritait, surtout sur les derniers milles de ma vie, avant le fameux diagnostic d’Asperger. J’en étais venue à me dire que je ne valais rien et que j’étais incapable, que toutes mes relations étaient vouées à l’échec et que c’était en partie de ma faute.

On me disait trop sensible, pas suffisamment courageuse, paniquée pour un rien ou complètement détachée. On m’accusait d’exagérer mon mal et ma souffrance pour avoir un tant soit peu d’attention… Pire encore, je commençais à croire tout ce qu’on me disait sans comprendre d’où tout cela venait et sans savoir comment changer les choses.

L’acceptation
Le 3 janvier dernier, donc, on m’a annoncé que j’étais autiste Asperger. Ayant beaucoup lu sur le sujet et m’étant aussi renseignée auprès d’autistes de ma connaissance, j’avais une bonne base en informations de toutes sortes pour mieux me comprendre.

J’ai accepté d’emblée ce diagnostic que j’avais espéré secrètement parce que si je n’avais pas été Asperger, qu’aurais-je donc été?

Cette acceptation voulait aussi dire que j’acceptais qui j’étais sans jugement envers ma personne et cela m’a fait un bien fou. C’est d’ailleurs là que ma guérison a commencé.

La compréhension
Du coup, j’ai voulu connaître davantage d’Asperger, des femmes qui tout comme moi, portaient l’autisme et l’acceptaient. J’ai bien vite trouvé sur le web un groupe qui a bien voulu m’accepter dans ses rangs et qui était composé d’Aspies, comme moi.

J’ai d’abord lu leurs commentaires et compris que j’étais loin d’être seule à être hypersensible dans mon corps et dans mon âme. Cela m’a fait un bien fou! Chaque jour qui passait était une occasion d’en apprendre encore un peu plus à mon sujet en lisant ces femmes qui se déposaient dans un groupe de discussion fermé car elles se sentaient libres de le faire.

Je me reconnaissais dans leurs propos et j’avais soif de tout savoir si bien que j’ai commencé, moi aussi, à écrire des commentaires et à poser des questions. Les autres participantes ont été plus que généreuses à mon égard et j’avais l’impression d’être dans un laboratoire vivant tellement j’apprenais au sujet de l’autisme et de son spectre.

L’élévation
Il n’en fallut pas plus pour constater que non seulement je commençais à guérir, mais que des transformations importantes avaient lieu en moi et j’en étais plus que fière. Effectivement, j’avais la nette sensation de m’élever comme si je tombais en amour avec moi-même.

Je me voyais sous un jour nouveau et j’adorais le fait que si je m’étais sentie longtemps, voire toute ma vie, seule avec ce que mon entourage considérait comme des problématiques flagrantes, j’étais désormais bien entourée. Et plutôt que de ne voir que des tares chez moi, j’ai vu, pour la première fois, des particularités.

Ces particularités n’étaient pas seulement les miennes mais celles de bien d’autres femmes aussi. En changeant ainsi mon regard sur moi-même, des choses nouvelles sont apparues dans ma vie c’est-à-dire la confiance, l’estime et l’amour.

Je n’avais jamais eu de confiance en moi-même, d’estime ou d’amour puisque mes seules références étaient les neurotypiques que je connaissais, les non-autistes donc, et ce n’était pas là un bon point de départ de me comparer à eux. Ce n’est jamais bon de se comparer de toute façon.

En conclusion
Je ne crois pas qu’il faille avoir vécu, comme moi, une vie de malheurs pour se sentir libérée lorsqu’on reçoit un diagnostic d’autiste Asperger. Le fait de se sentir nulle dans tout ce que nous sommes, décalée de ceux qui nous entourent, d’avoir du mal à gérer les émotions qui nous assaillent, les bruits environnants, la lumière qui nous éclaire ou le simple fait de se faire toucher, sont des raisons suffisantes pour se questionner et aller consulter.

C’est d’une quête identitaire dont je vous parle. Ma quête à moi aura duré quarante-neuf ans. Si vous vous reconnaissez dans mes propos et si vous êtes découragés à en mourir, n’hésitez pas à aller chercher vos réponses là où il y en a.

Si vous connaissez quelqu’un qui songe à l’évaluation pour déceler l’autisme ou qui est en processus d’évaluation, dites-vous que ce sont souvent de très grandes souffrances qui l’ont mené jusque-là. Soyez patients, encourageants et compréhensifs.

J’ai traîné, comme on traîne un boulet, une très grande culpabilité toute ma vie parce que je me savais différente et j’en portais l’ultime responsabilité. Quand je parle de libération venant avec le diagnostic, c’est comme si on m’avait effectivement libérée de ce boulet. Je ne me sens plus coupable d’être ou d’agir comme ci ou comme ça. Je suis, tout simplement.

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