Austisme: la fois où j’ai appris au médecin que…

Par Josée Durocher

C’était une journée somme toute normale… Na! C’était une journée épouvantable! Je devais consulter un médecin spécialiste et j’étais terriblement nerveuse. Pour ajouter à ma nervosité, je le rencontrais pour la première fois et il était anglophone. Bon, il baragouinait quelques mots en français, mais une chance que je comprends l’anglais!

Pour faire une histoire courte, depuis que je me sais autiste Asperger, je le dis à qui veut bien l’entendre. Des fois pour informer, d’autres fois pour éduquer et quelques fois pour « avertir » que j’ai du mal avec certains comportements de la part des autres. Je me dis que c’est plus juste pour eux s’ils savent à qui ils ont affaire (rires)!

Et c’est d’autant plus vrai lorsque je dois consulter en médecine. La chose m’est très anxiogène alors en disant que je suis Asperger, ça m’enlève la pression d’être parfaite, de tout me souvenir et de réagir comme on s’attend à ce que je réagisse. Du coup, les choses se passent relativement bien et, de fois en fois, je récidive puisque c’est payant.

Une consultation en urologie
Comme déjà expliqué dans un texte sur une autre plateforme, il n’y a rien qui m’horripile plus que baisser ma culotte devant un médecin et cela, même si je le connais. Alors, imaginez quand c’est un inconnu!

Je devais me rendre à l’hôpital pour rencontrer un urologue en vue d’une série de tests et d’une petite chirurgie éventuelle. L’attente fut longue et je m’impatientais sur ma chaise. J’étais très inconfortable dans ce couloir d’hôpital vert (vert malade), entourée de ce qui m’a semblé être mille personnes.

Presqu’au bout de ma patience, un haut-parleur a craché mon nom. Il était temps. Mais le stress montait d’un cran quand je me dirigeais vers la salle d’examen…

J’étais immensément nerveuse. J’avais les jambes molles et les dents qui claquaient ensemble. Je me tortillais, incapable d’arrêter, une mèche entre l’index et le pouce de la main gauche. J’étais maintenant assise dans la salle d’examen. J’attendais le fameux spécialiste pour cette première consultation et j’envisageais le pire.

L’attente me semblait longue et je m’imaginais les pires scénarios. J’aurais voulu qu’il entre bien vite et qu’on en finisse, mais je me rappelais à l’ordre en me disant qu’il devait être avec un autre patient ou une autre patiente qui avait besoin de lui.

Un type sympathique
Il finit par faire son entrée. Mon Dieu, je ne savais pas que les urologues pouvaient avoir l’air aussi sympathique! Cette constatation n’eut pas l’heur de me calmer. « Et s’il n’avait juste que l’air et pas la chanson? »

Je pris mon courage à deux mains et lui adressa un « Je suis Asperger! » Je n’ai pas eu le temps de poursuivre qu’il me coupa : « Asperger, c’est pour les enfants! » J’étais assise là, devant un type qui a fait médecine et qui, normalement, devrait comprendre ce qu’est l’autisme vu son grand potentiel et je me fais dire ça?!

« Ouais, bien les enfants, ils grandissent! », que je me suis surprise à lui lancer. Il a changé de sujet aussitôt!
C’est là que j’ai saisi toute l’importance de continuer à parler d’autisme, de différences parce qu’il y en a et d’inclusion parce que ce n’est pas la mer à boire. Je me suis fait la promesse de poursuivre ma route en éduquant, du mieux que je le peux, même les médecins s’il le faut, parce qu’ils ont un rôle de support immense à jouer auprès de la population autiste.

On aura beau dire que c’est un urologue, lui trouver des excuses pour le défendre et défendre son ignorance, n’importe quel autiste Asperger qui le consulterait ne se sentirait pas compris devant lui.

Il a finalement inscrit Asperger dans mon dossier, souriant un peu nerveusement de sa mécompréhension du sujet et s’excusant presque d’avoir lancé un « statement » aussi peu réfléchi.

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