Mon état dépressif et suicidaire

Par Josée Durocher

« Intolérable était le qualificatif approprié pour tout ce que je ressentais. J’étais convaincue que je mourais de l’intérieur, que mon âme s’éteignait et, sans crier gare, cette toute petite pulsion de vie qui s’était faite silencieuse depuis très longtemps m’en a mis plein les oreilles! Soudain, pendant le temps qu’il faut pour composer un numéro d’urgence, je voulais vivre. » Mon état dépressif et suicidaire…

C’est le pire état dépressif que j’ai vécu. Jamais avant je n’avais souhaité en finir avec ma vie. C’est la première fois que j’écris à ce sujet. Mais je pense sincèrement qu’aussi vrais que fussent mes envies suicidaires, aussi vraie peut être l’aide que ça apportera à certains de me lire?

On se fait toujours dire que la vie ne tient qu’à un fil. C’est vrai, je vous l’assure. Et ce fil n’est pas très long ni très fort. Moi, du jour au lendemain, je me suis retrouvée malade comme dans MALADE. J’ai eu tellement mal dans mon corps qu’un jour, découragée, voire complètement dévastée, c’est mon âme qui souffrait tant et tellement que j’étais obsédée par l’arrêt définitif de cette maudite souffrance.

« Pourquoi n’en as-tu pas parlé à quelqu’un? », me direz-vous. C’est bête, je ne voulais pas déranger les gens autour de moi. Et puis, j’ai toujours été forte, une battante dans l’âme, j’avais la nette perception qu’ils me verraient en faible et je ne le voulais pas. Mais vous savez ce que sont les perceptions? Elles sont souvent des chimères inventées par nos expériences passées et nos blessures, nos croyances limitantes et nos peurs…

Je me sentais seule sur un quai à attendre qu’on vienne vers moi. Mais voilà! J’avais l’impression que tous mes amis avaient quitté sur le même navire de croisière et que le bateau avait coulé. Je me répète, mais je me sentais si seule, là, avec ma souffrance.

Intolérable était le qualificatif approprié pour tout ce que je ressentais. J’étais convaincue que je mourais de l’intérieur, que mon âme s’éteignait et, sans crier gare, cette toute petite pulsion de vie qui s’était faite silencieuse depuis très longtemps m’en a mis plein les oreilles! Soudain, pendant le temps qu’il faut pour composer un numéro d’urgence, je voulais vivre.

Ma pulsion de vie a tellement crié en moi que j’ai composé le numéro d’un centre de crise. La douce voix qui m’a répondu ne me jugeait pas, m’avisait que je pouvais parler tant que j’en avais besoin et que je pouvais téléphoner à ce numéro aussi souvent qu’il le fallait.

C’est, rassurée, que je me suis ouvert la trappe sur tout ce que j’avais emmagasiné en m’assurant de tout pousser très profondément en moi. Mais là, j’avais un trop-plein et je me sentais comme un volcan prêt à exploser…

J’ai parlé pendant je ne sais plus combien de temps. Le temps s’était arrêté. J’ai crié, j’ai braillé ma vie de misère, moi, qui me suis souvent fait dire de ne pas me plaindre ou de ne pas faire ma victime. Ma misère était réelle, mes plaintes étaient fondées et oui, j’étais victime.

Victime de la vie? Non. Des autres? Non. De mes choix personnels et du sort? Oui, assurément. Trop, il y avait de la peine et du désespoir et c’était beurré épais sur mon cœur en déconfiture.

J’ai crié à l’aide ce soir-là sans trop y croire. Comment une inconnue pouvait-elle me venir en aide en m’écoutant, à entendre des brèches de mon histoire? Car j’avais un discours décousu, parsemé de pleurs et de hoquets.

Mais ces pleurs et ces hoquets m’ont littéralement sauvé la vie! Après avoir discuté longtemps avec mon interlocutrice, j’étais calmée et je savais pertinemment que ma pulsion de vie, si elle avait crié, c’était parce qu’elle était là pour rester.

Néanmoins, le lendemain matin, je téléphonais pour avoir de l’aide psychologique. Une aide hebdomadaire parce que des épisodes du genre, je ne voulais plus en vivre… jamais!

Quand je raconte mon histoire à ceux que j’aime et qu’ils la situent dans le temps, ils tombent des nues. Jamais ils ne se seraient douté que moi, la forte, la battante, je puisse avoir des envies suicidaires. La vérité est, et c’est une opinion bien personnelle, que ce sont souvent des forts et des battants dont on doit s’inquiéter quand tout leur monde semble s’écrouler.

J’ai eu ce besoin urgent de vous parler de mon histoire, de ce moment de vie peu réjouissant, parce que bien que j’écrive au sujet de différentes choses qui me tiennent à cœur et qui m’inspirent, je crois que j’aurais aimé lire un jour une histoire comme la mienne.

On n’est pas obligé d’être fort tout le temps. Nous avons le droit de poser un genou par terre et de reprendre notre souffle avant de nous relever. Tous ceux que nous connaissons ne disparaîtront jamais en même temps. On a le droit de ne pas « feeler ». Et les gens qui répondent aux lignes de crises ont vraiment la formation nécessaire pour nous écouter sans nous juger et pour nous calmer avant de nous orienter vers des ressources qui feront une grande différence dans nos vies.

À toi qui lis ce texte et qui te reconnais dans celui-ci, je ne te connais peut-être pas personnellement, mais sache que tu es important. Et que tu le sois pour mille personnes ou une seule, pour un chat ou une putain de perruche, tout cela compte réellement, tu sais. Ta vie, comme la mienne, si elle n’est pas trop jojo ces temps-ci, te semblera la plus belle un jour, crois-moi.

Qu’il fasse jour ou qu’il fasse nuit, si tu sens que tu dérapes, téléphone à Infosanté pour connaitre les numéros à composer en moment de crise. Et dis-toi bien que tu comptes pour au moins une personne : moi qui t’écris ce texte, la forte, la battante et la vulnérable survivante.

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