Être belle

Par Josée Durocher

Lorsque j’étais jeune, j’étais tout ce qu’il y a de joli, pourtant, moi, je ne me trouvais pas belle. Selon les critères de beauté de l’époque, que je remplissais haut la main — j’étais mince, j’avais un joli minois, une belle dentition, un beau teint, et j’en passe — j’étais même très belle. Mais à défaut de me trouver belle dans mon propre regard, je dépendais du regard des autres et j’avais tout faux.

Parce que, des autres, j’attendais les compliments qui, malheureusement pour moi, ne fusaient pas de toutes parts. Je ne comprenais pas pourquoi d’ailleurs et je me suis mise à adopter toutes sortes de comportements malsains pour mon corps et pour moi-même.

J’ai jeûné plus souvent qu’à mon tour, d’abord par nécessité, car je n’avais pas un rond, ensuite par satisfaction puisque rien ne semblait aller dans ma vie et sur ce point et ce point seulement, j’avais une forme de contrôle.

Un jour, j’étais si maigre que j’ai porté des vêtements 10 ans… d’enfant. Une petite veste en denim qui me convenait sauf pour les manches qui étaient bien évidemment trop courtes. Je les roulais alors et tout le monde me disait à quel point ce que je portais était beau. J’en retirais une grande satisfaction. J’avais 30 ans et j’étais mère de 3 enfants.

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui me fait dire aujourd’hui à quel point le regard que je posais sur moi-même était un regard sur une réalité distortionnée parce que moi, même si je me vêtais ainsi et que j’arborais le denim comme un trophée, je me trouvais tout de même à me trouver très grosse.

Je me souviens d’un temps où, dépressive et malade, car l’appétit m’avait complètement quittée, ma mère cuisinait pour moi et me faisait manger à la fourchette pour être bien certaine que j’avalais les repas qu’elle avait préparés avec amour. J’étais encore dans la trentaine.

Un jour, mon fils qui revenait d’un séjour chez son père est entré en trombe dans la maison et est accouru vers moi en s’écriant : « pauvre petite maman! » J’ai su à ce moment-là que les choses devaient changer.

Oui, c’est mon amour maternel plus fort que tout qui m’a sauvé la vie!

Avec le temps et la prise de médicaments, j’ai engraissé énormément. En six mois, j’avais pris autant de poids que si je portais un autre être humain sur mes épaules. Imaginez alors cette terrible épopée puisque jusque-là, je m’étais toujours définie que par mon corps.

Je ne me reconnaissais plus. Je ne passais plus devant les glaces. Et le regard des autres, qui m’était si important, avait changé. On me ridiculisait, on riait de moi et certaines personnes étaient fières – je le sais, car elles me l’ont dit – que j’aie pris autant de poids puisque cela me donnait l’occasion d’être un peu moins jolie.

C’est là que j’ai réalisé que bien des gens me trouvaient jolie avant, mais ne me le faisaient pas savoir, allez comprendre pourquoi!

C’est là également que j’ai été prise d’un grand vertige de désillusions puisque je voyais là toute la méchanceté que certaines personnes peuvent utiliser afin de « rapetisser » les autres pour se « grandir ».

Le regard des hommes a tellement changé sur moi, que j’ai mis une croix sur eux en matière de relations à long terme que je pourrais avoir un jour. J’étais dégoûtée d’entendre tous les commentaires désobligeants qu’ils pouvaient faire ou d’observer certains de leurs agissements à mon égard.

Je sais aujourd’hui, avec le recul, que tous les hommes ne sont pas ainsi. Mais il y en a encore qui ne recherchent que des « Barbies » et moi, je suis loin d’en être une!

J’ai appris aussi à faire le vide dans ma vie et autour de moi. Certaines personnes ne méritaient plus de faire partie de mon quotidien et de se faire appeler des amis.

En perdant l’image corporelle pour laquelle je me suis rendue malade, j’ai vécu une transformation intérieure inoubliable. Je me suis rendue compte que je n’avais pas toujours agi correctement, moi aussi, et j’ai tout fait pour me racheter.

J’en ai fait plus que demander si vous voulez tout savoir. Si demander pardon est une chose un peu trop facile pour moi depuis que je suis toute petite, demander pardon à outrance l’est devenu également.
Ainsi, je m’excusais en fait d’exister…

C’est forte de ces expériences difficiles que je vous écris aujourd’hui. J’en suis venue à la conclusion que peu importe notre physique, l’important c’est ce que nous portons en dedans. J’ai fait amende honorable il y a longtemps de cela et depuis je m’efforce toujours d’être la meilleure version de moi-même.

Si l’embonpoint m’a appris quelque chose aussi, c’est de m’aimer inconditionnellement pour qui je suis et aimer ce corps que je porte, car il est mon véhicule pour la vie.

Il m’est difficile de vous écrire tout cela. Je sais que certains ne me liront pas jusqu’au bout et se permettront des commentaires méchants ou totalement stupides. Mais je crois que ceux qui liront ce texte en entier comprendront que cette première partie était pour vous mettre en situation.

Ce qu’ils doivent retenir de tous ces écrits c’est que le véritable amour de soi passe par l’intérieur et non par l’extérieur, par soi-même et non par les autres. Oui, il est toujours agréable de recevoir un mot gentil, mais il est encore bien plus agréable de se le dire à soi-même.

Pour le reste, en apprenant à nous traiter avec toute la douceur qui nous manque, nous apprenons simultanément à rayonner de bonté et de bonheur, de gentillesse et d’altruisme.

Il y en aura toujours qui viendront commenter ou abuser, être méchants ou égoïstes, mais si vous avez saisi l’essence de ce texte qui, en fait, ne parle que d’amour de soi, vous êtes bénis, tout comme moi, et je vous garantis que vous rayonnerez tout autant que moi.

Alors, que nous soyons gros, petits, grands ou minces, peu importe vraiment. L’important c’est ce qui vibre à l’intérieur de nous et qui attire les bonnes personnes autour de nous. Ne soyez pas dupes de tous les pièges amincissants, pulpants, sculptants qui vous tomberont dessus. Flanchez plutôt pour le charisme que vous saurez dégager dès que vous vous accepterez tel que vous êtes.

Et vous savez quoi? Nous sommes tous beaux et belles à notre manière.

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