Connexion, réconfort, amour, etc.

Par Josée Durocher

Mon fils Dominik a 27 ans. C’est un homme désormais. Et, pourtant, même si nous vivons ensemble lui et moi, je ne peux lui demander du réconfort lorsque j’en ai besoin. En fait, personne ne peut le lui en demander… La vie avec un autiste Asperger.

Dominik est Asperger et une de ses caractéristiques, à part son mode de pensée unique et plus que logique, est de ne pas tolérer le toucher des autres à moins qu’il ne l’ait lui-même initié.

J’avoue qu’il m’est difficile de respecter ces particularités Aspie. Cela l’a toujours été, même avant qu’il ne reçoive son fameux diagnostic d’autisme Asperger. Petit, il me faisait penser à un petit animal qu’on tente désespérément d’apprivoiser… en vain.

Je savais que quelque chose n’allait pas si je le comparais à son frère et sa sœur, mais j’avais beau lui faire voir bon nombre de spécialistes « spécialisés » dans leur « spécialité » de la petite enfance, personne n’a jamais parlé d’autisme.

C’est l’an passé, à discuter avec des gens Asperger que j’ai eu la puce à l’oreille. Mon fils était sûrement autiste lui aussi. Alors, après avoir eu une belle discussion à ce sujet, nous n’avons pas lésiné et nous nous sommes tournés vers un des meilleurs neuropsychologues de Montréal pour une évaluation.

C’est deux mois plus tard et beaucoup moins de sous en banque que nous nous sommes fait confirmer que Dominik était bel et bien autiste Asperger. Du coup, tellement de choses sont devenues logiques ou se sont mises en place dans nos logiques respectives.

J’écris souvent au sujet de mon fils et j’aime démystifier l’autisme et le fait d’avoir un enfant-homme Asperger. J’aime lire sur le sujet aussi. Mais je me rends compte qu’il y a un certain manque.

En tant que parent, je me retrouve souvent dans le néant. J’aimerais qu’on m’aide à trouver un équilibre avec mon fils, car je ne veux que son bonheur.

En attendant, la vie poursuit son cours et on vit des hauts, on vit des bas. Et moi, étant « colleuse » de nature, je trouve difficile de n’avoir jamais pu vraiment avoir de contact physique avec lui.

C’est très naturel pour une mère de prendre son enfant dans ses bras, vous savez. Ce ne l’est pas pour moi. Qui plus est, je ne dois rien amorcer sinon j’essuie un refus et un rejet catégoriques. Toutefois, quand il me voit vraiment déconfite, il lui arrive de me dire « câlin », ce qui signifie que lui me prendra dans ses bras.

Oh, cela ne dure que quelques secondes, mais si vous saviez ce que cela a pour effet sur mon cœur de mère!

Désormais, si j’ai besoin de réconfort ou si j’ai envie de lui en donner, tout se passe par la parole. Il est vrai que nous parlons énormément, lui et moi.

Avoir un enfant Aspie, ça change notre monde. Et j’ai beau dire que je retrouve en lui des trésors d’humanité et d’intelligence, de logique et d’empathie, il reste qu’il nous semble parfois que nous provenons de deux planètes complètement différentes.

Et s’il a passé la première partie de sa vie à ne jamais parler plus qu’il ne le faut, maintenant mon fils parle plus que quiconque. Oui, tout se passe par ses mots, surtout les maux. Et quand il ne parle pas, c’est signe de gêne, d’inconfort ou de profonde tristesse.

Heureusement pour moi, je sais bien le lire la plupart du temps. Et, encore heureusement pour moi, il me lit mieux que quiconque et tout le temps.

C’est une très grande force qu’il a de pouvoir s’exprimer de manière si fluide et cela aide beaucoup notre relation si importante.

Mais j’ose… J’ose dire ici qu’une bonne fois, j’aimerais ça et qu’il n’hésite pas en me faisant une étreinte de réconfort bien sentie et qui dure plus d’une seconde et demie. Oui, j’aimerais ça.

Mais à quoi bon m’éterniser sur ce que j’aimerais.  L’important, c’est que l’amour trouve toujours son chemin. La carte routière de mon fils est peut-être différente, mais elle le mène en plein là où il doit être.

La route qu’il suit lui fait profiter de paysages que je ne connais pas et que je ne connaîtrai probablement jamais. Des paysages riches de sens pour lui.

Moi je me contente de ces moments où, arrivés tous deux à une intersection, nous nous rencontrons et sommes capables de nous dire « je suis là pour toi ».

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