Apparences

Par Josée Durocher

Suis-je la seule ici à avoir fait semblant d’être bien dans ma peau quand je ne l’étais pas ? À avoir feint la confiance en moi pour faire croire aux autres que j’étais quasi-invincible quand, dans mon for intérieur, je tremblais tellement que j’avais l’impression que j’allais voler en éclats ?

J’aimerais vous parler des apparences… celles qu’on nous fait voir sans y croire vraiment. Comme de la poudre aux yeux, les sentiments de confiance et d’amour de soi nous sont souvent lancés comme si tout allait de soi.

Je ne suis pas comme les autres. Et pourtant, je le suis dans la mesure où, toute ma vie, je ne me suis pas acceptée comme entité unique d’intelligence et de beauté. Avant, je promenais mes 45 kg comme un petit sac d’os et, même si j’ai souvent souhaité retourner à cette stature, je ne m’acceptais pas davantage.

Ma vieille grand-mère me disait que nous, les femmes, n’étions jamais satisfaites de ce que nous avions l’air ou encore de ce que nous avions à offrir aux autres en termes de qualités. J’étais jeune et je buvais ses paroles, mais je ne pouvais me résoudre à y croire.

C’est un peu comme si, sans le vouloir, ma gentille mémé qui ne souhaitait que je change ma trajectoire de pensée, avait semé en moi, dans mon esprit et dans mon cœur, que j’allais être comme toutes les femmes vivant sans s’aimer véritablement.

Mais, ce n’est pas un sort qu’elle m’a jeté et grand-maman n’avait rien d’une sorcière. Je crois vraiment que le fait de mal interpréter ce qu’elle me disait a modulé ma vie, ma manière de me percevoir en tant que femme et ma façon nulle de ne pas m’aimer comme je l’ai toujours mérité.

J’ai eu une longue réflexion dernièrement. J’en déduis que j’ai été la pire « bitch » de ma vie et c’est envers moi que je l’ai été. Je n’étais jamais assez grande, assez mince ou grosse, jamais assez de poitrine, toujours un trop gros nez, des mains à la garçonne, pas suffisamment de hanches, et j’en passe.

Je me suis fait souffrir en ne mangeant pas, en mangeant trop, en faisant trop de sport ou pas assez, et en soufflant des petits mots cruels à mon âme prête à tout croire ce que je lui disais sur parole.

Maintenant que j’ai fait ce peu reluisant bilan, j’ai décidé de me regarder telle que je suis avec mes qualités et mes défauts — nous en avons tous —, mais me regarder avec bienveillance aussi.

Alors je dis oui à mes cheveux bouclés qui témoignent de mon âge grandissant par une repousse grise digne de ce nom lorsque je ne vais pas chez ma coiffeuse régulièrement. Je dis oui à mes joues, à mon torse, à mes seins, à mon ventre, à mes fesses et à mes cuisses.

Je dis oui, à ces 102 kg qui sont miens désormais. Je dis oui à tout ce que je suis et parce que je dis oui à tout cela, je dis donc également oui à ma timidité, mon anxiété et à la déprime qui me guette lorsque je ne dors pas suffisamment ou que je m’en mets trop sur les épaules.

Je dis oui au fait que j’ai fait des erreurs en tant que fille, mère, amie… Je dis oui aussi à toutes ces fois où je me suis « tassée » en me faisant croire qu’on me « tassait » d’une amitié, d’une relation amoureuse, d’un job de rêve ou d’une simple place dans une file à la banque.

En embrassant ainsi qui je suis avec tout ce que j’ai été, j’embrasse également tout ce qui viendra par la suite. En m’acceptant comme je consens enfin à m’accepter, mon niveau d’estime et de confiance ainsi que mon amour propre grimpent en flèche.

La prochaine fois que vous me verrez, en jeans, en espadrilles ou pieds nus, les cheveux plats ou bouclés, le visage maquillé ou non, les mains manucurées ou pas, dites-vous bien que c’est un paquet d’amour qui vient vers vous.

Pour la première fois de ma vie, j’ai envie de me donner ce que je donne aux autres aussi. J’ai envie — voire besoin — de m’aimer comme j’aime, de me faire confiance comme je fais confiance et de m’estimer autant que j’estime les autres.

Alors, tenez-vous le pour dit, cette blogueuse-ci n’a pas fini de vous étonner par son sourire heureux, son acceptation envers ce qu’elle est et ce qu’elle représente, et son élan grandissant d’amour qu’elle peut se donner à elle-même !

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